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Ces "sénégalais qui n'en peuvent plus avec le mouvement baye fall" voient-ils clairement les enjeux du phénomènes?

Posté par: Samba Guejopaal Gnane| Samedi 31 décembre, 2011 15:27  | Consulté 3180 fois  |  10 Réactions  |   

 

 

Ces « sénégalais qui n’en peuvent plus avec le mouvement baye fall » sont les mêmes qui ont rédigé ou qui ont poussé le gouvernement de Souleymane Ndéné Ndiaye, à prendre le 25 août 2010, lors d’un « conseil interministériel sur la traite des personnes, une importante décision …visant l’interdiction de la mendicité sur la voie publique. »Le communiqué du gouvernement poursuit : «  Le Gouvernement tient à éclairer l’opinion quant aux raisons qui ont entre autres sous-tendu cette démarche » : « La deuxième vient du constat que la plupart des personnes qui mendient occupent la voie publique en l’empêchant, de fait, de jouer sa fonction essentielle de desserte permettant la libre circulation des personnes et de leurs biens. La troisième découle d’une volonté de réglementer la mendicité, en vue de contenir les risques qui peuvent en résulter pour l’ordre, la sécurité et la tranquillité publique. »

Je ne fais pas mention de la première raison car les baye fall ne sont pas des mineurs mais font partie quand nous prenons les mots dans leurs sens les plus populaires, de ceux qui « mendient » et qui « occupent la voie publique » d’une manière assez particulière qui n’est pas toujours du goût des automobilistes ou même des piétons. Pourtant ils ne furent pas embarqués comme le furent les talibés. C’est un des aspects qui prouve la lâcheté de cette mesure. Car en ce qui concerne l’argument de « l’occupation » illégale ou anarchique de la voie publique et la perturbation ou la menace de « la tranquillité publique », tout le monde saurait faire faire la part du talibé et celle du baye faal et celle des autres citoyens. Tout le monde sait que le premier mal du Sénégal c’est le refus de l’ordre, la philosophie selon laquelle ce qui est à tous n’est à personne et est donc vulnérable et victime de tous les abus et torts sans aucun dédommagement à attendre.

« En vue de contenir les risques » qui peuvent perturber « l’ordre, la sécurité et la tranquillité publique », l’éradication véritable de la mendicité est le meilleur moyen. Mais éradiquer véritablement la mendicité c’est éradiquer le chômage et éradiquer le chômage c’est créer du travail et insuffler le culte du travail chez l’homme dès la tendre enfance, contrairement à une certaine philosophie bourgeoise qui considère que l’enfant ne doit pas travailler. Par contre sommes-nous sûrs de créer les conditions d’un ordre, d’une sécurité et d’une tranquillité publique en combattant le bayefalisme ?

Lorsque le Premier ministre du Sénégal, sous la pression des bailleurs de fonds a décidé de mettre en exil forcé de Dakar les mendiants qui peuplaient et qui peuplent encore tristement les beaux endroits de la capitale, j’ai cherché un marabout pour savoir son opinion sur cette mesure dictée du dehors par l’impérialisme économique qui débouche nécessairement sur un impérialisme culturel et politique. De jeunes garçons, mes élèves qui étaient encore en classe de terminale et d’autres qui sont à l’université, très révoltés par cette mesure, m’ont conduit auprès de deux marabouts. Ce jour-là, un de mes élèves m’a dit que les vraies cibles de cette mesure ne sont pas les petits talibés, mais les baye fall. Seulement, il n’est pas facile pour un Etat ou pour des gouvernements qui manquent de courage, de s’attaquer à la religion d’une manière générale ou à une secte dont la puissance économique et la puissance politique ne sont plus discutées. Montesquieu dit qu’en Rome le dernier rempart du changement politique fut le rempart de la religion.

J’ai eu par les relations de mes élèves, la possibilité d’accéder dans un Dara de baye fall qui se trouve à Dakar. J’ai été extrêment surpris quand je suis entré dans le Dara. La propreté de l’intérieur rompt de manière radicale avec l’image du baye fall vue de l’extérieur. L’ « indiscipline » de l’extérieur contraste radicalement avec la discipline militaire de l’intérieur. Le marabout m’a demandé s’il y’avait parmi les baye fall un handicapé physique ou mental. Il m’a demandé si je pouvais en voir un et avoir pitié de lui. Je lui ai répondu que je n’y voyais pas un seul handicapé et que je n’éprouvais de pitié pour aucun des membres de la communauté. Au contraire je leur enviais quelque chose :leur retrait et leur démystification des diverses parures en diamant ou en or qui par lesquelles les misérables cherchent à cacher leur misère intérieure.

Le responsable moral des baye fall de ce Dara m’a dit qu’un jour, le commissaire de la police du district est venu lui demander « si les baye fall pouvaient faire autre chose que de parcourir les rues de Dakar pour demander de l’aumône ».Il a demandé au commissaire si parmi les baye fall il y’avait oui ou non des gens capables de faire du mal et qui avaient déjà des problèmes avec et la justice. Le commissaire a répondu qu’il y en avait. Le marabout a demandé au commissaire si depuis leur libération des mains de la police il avait eu à reconvoquer ou à poursuivre les mis en cause. Le commissaire lui a répondu par la négative. Le commissaire a compris : le bayefalisme c’est aussi une philosophie en tant que manière de vivre. Bien sûr, elle peut faire peur comme l’athéisme peut faire peur, comme la franc-maçonnerie fait peur même à ceux qui, et surtout à ceux qui n’en savent que ce que la rumeur du dehors leur construit comme réalité. Personne n’est né baye fall. Si vous faisiez une enquête sociologique au sujet des baye fall vous auriez sans doute découvert que 50% au moins d’entre eux sont des sérères. Or le sérère est avec ROOG (Dieu) bien avant la religion qui a créé le baye faal. Il y a aussi des baye fall parmi les français, les américains, les peulhs, les Joola, les wolofs, les mandingues, dans toutes les cultures. Parce que le bayefallisme c’est au moins, je prétends le définir malgré mon incurie, cinq principes essentiels : la reconnaissance d’une autorité et sa soumission à cette autorité en toute lucidité et en toute liberté, l’amour de la communauté et de l’homme, l’amour du travail pour faire vivre cette communauté, et le principe de la solidarité dans le partage des fruits du travail même avec ceux qui ne travaillent pas, parce que dispensés par la nature ou parce que l’organisation de la société les a mis au chômage. Bien sûr la croyance en Dieu.

 Si ces principes ne vivaient pas et ne guidaient pas certaines sénégalaises et certains sénégalais, les baye fall n’auraient pas existé et ces « sénégalais qui n’en peuvent plus du mouvement baye faal » auraient vu une violence beaucoup plus insupportable s’abattre sur eux.Le bayefalisme n’est donc pas un problème, mais une solution, même si cette solution n’est pas sans effets secondaires indésirables parce que peut-être mal utilisée.

 

 

 

 L'auteur  Association Architecte du Bien(AAB)
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Commentaires: (10)
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Un Baye Fall En Décembre, 2011 (15:49 PM) 0 FansN°:1
Baye Fall = Bàyyi lepp, faalé Yàlla
"Tout laisser, pour ne s’intéresser qu'à Dieu".

C'est la définition d'un vrai baye fall.

Cheikh Ibrahima Fall était très propre et contrairement ce qu'on croit il était un trés grand savant. Il a ecrit même un livre nommé : Jazbul Muriid".

Les faux baye fall ternissent l'image des vrais baye fall.
Anonyme En Janvier, 2012 (11:01 AM) 0 FansN°:2
thiédo je suis d'accord avec toi.

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